Amsterdam: La dernière Foncedée

Les Chroniques de la Chronic

Monday, March 13, 2006

Amsterdam: La dernière Foncedée (épisode 1)




Ca y est c’est fini, enfin presque. Le signe jaune de l’auberge de jeunesse semble si proche et pourtant, chaque pas qui me rapproche de mon refuge de quelques jours, fait vibrer ma vessie qui n’aime ni le froid, ni les substances qui aident le corps à se relaxer. Je vois déjà le scénario où, n’ayant pu arriver à l’hôtel à temps, je devrais attendre dans le froid pour faire sécher mes pantalons. La nuit de décembre à Amsterdam est fraîche et je reviens de mon premier coffee shop. Le chemin est long car je me perds souvent tant il est dur de se retrouver dans les rues d’Amsterdam quand on regarde par terre pour éviter le regard des passants. En plus je ne connais pas du tout cette ville vu que c’est la première fois que j’y mets les pieds et que sa configuration est quelque peu mystérieuse (surtout après une pause pour demander mon chemin et fumer un autre joint). J’ai envie d’exploser de rire à chaque instant mais je me retiens pour ne pas avoir l’air d’un touriste qui a abusé des bonnes choses. Ma vessie fait donc la boude et décide de se venger en jouant avec mes nerfs et ma confiance en moi. J’essaye de me convaincre, avec beaucoup de mal, qu’il est possible de se retenir un peu plus longtemps et que le signe des toilettes deviendra aussi signe de liberté. Ma liberté de vivre et de penser sans sautiller sur place (bien qu’il me paraisse maintenant improbable que sautiller aide à ne pas se pisser dessus vue la difficulté avec laquelle j’ai parcouru les derniers cents mètres vers l’hôtel). J’essaye de rester attentif à mon entourage, dans cette rue sombre et déserte, car je sais trop bien que la peur de l’inconnu, combinée avec la paranoïa de la fumette, risquent de compromettre la réussite d’une arrivée sèche et sans dégâts a l’auberge.

La clef magnétique permettant de rentrer dans l’hôtel, et qui ne marche habituellement jamais, devient miraculeusement efficace dans ce moment de panique et c’est avec grande joie que je me félicite moi-même du courage qu’il a fallu pour ne pas avoir tout simplement pissé dans les buissons du parc qui longeaient la rue. Je réalise alors que c’est le début de beaucoup de changements dans ma vie, la première étape étant de ressembler le moins possible à un clandestin et d’arrêter de constamment pisser dans la rue bien qu’on ne puisse pas toujours choisir quand il faut y aller. Je sors des toilettes et je me dirige vers le bar avec ma main droite dans la poche afin de rassembler l’équipement nécessaire à la confection du joint qui récompensera cet effort et célébrera la victoire du mental sur les muscles de ma vessie. Je fête donc royalement ma dernière prouesse avec des mélanges variés de toutes mes récentes acquisitions pendant mes excursions autour d’Amsterdam.

Je regarde le joint qui restera dans mon paquet jusqu'à mon départ et que je fumerai avant de repartir vers Paris. Je n’ai jamais eu de relation si longue qu’avec l’herbe magique qui m’a procuré tant de plaisir. Ca fait sept ans que nous sommes inséparables et je m’apprête à lui dire au revoir, avant de la fumer une dernière fois à la gare d’Amsterdam. Je vais sûrement avoir besoin d’un endroit calme et serein afin de me recueillir et verser quelques larmes avant de brandir la flamme mon briquet jetable à l’extrémité de ce joint, malheureusement pas très bien roulé pour un joint historique.

Apparemment, la dernière photo de mes poumons indique qu’il faudrait que j’arrête de fumer…et puis de toute façon, ce n’était plus pareil. Ca faisait un petit moment que j’éprouvais une sorte de nostalgie pour cette époque magnifique où les joints nous faisaient rigoler et parler de tout et de rien au lieu de nous pousser à nous endormir au milieu d’un film qui pourtant avait l’air très bien. C’est simplement devenu une routine, et quand on se fait chier, la récurrence de cette routine a une fâcheuse tendance à s’accroître. Mon sachet, qui contenait une bonne source de créativité, m’a donc accompagné dans mes moments de joie, de peine, de stress, de festivité, d’angoisse, d’incertitude, de célébration, de préliminaires et dans tous mes déplacements quotidiens. Ces joints m’ont procuré beaucoup de plaisirs mais, après sept ans, je commence à m’apercevoir que je deviens très renfermé, dépourvu de motivation et de volonté de faire quoique ce soit, et honnêtement, je n'ai vraiment pas l’air d’une lumière quand je fume.


Donc c’est décidé, j’arrête. Personne ne me croit. C’est vrai qu’en théorie, l’idée de partir à Amsterdam juste avant d’arrêter complètement de fumer clopes et joints, ça peut paraître ridicule. Mais je pense qu’il n’y a pas de meilleure façon de célébrer une telle décision que d’aller en pèlerinage à la Mecque des fumeurs du monde entier, Amsterdam.


Le bar de l’auberge est truffé de zombies de tous âges qui enchaînent les pétards comme des cigarettes et mangent des champignons hallucinogènes comme des chips. Il y a une fille qui me regarde bizarrement. Elle s’appelle Nadia ou Katrina. Je ne sais plus parce que je n’écoutais pas vraiment quand elle me l’a dit. J’espérais pouvoir l’appeler “pupuce” avant la fin de la soirée mais je crois que c’est raté. A côté d’elle, il y a un bon bouffon qui vient des Etats-Unis et qui habite à Amsterdam depuis une semaine. Comme il aime bien fumer, il raconte à tout le monde qu’il est d’Amsterdam. Enfin il est vrai que ça craint moins que de dire qu’il vient des States. En plus, comme tout le monde parle Anglais à Amsterdam, ça aurait presque pu marcher. Nadia (ou Katrina) et lui se parlent. Enfin, il lui parle et elle se fait royalement chier. Moi, pendant ce temps là, je suis déphasé. J’aimerais pouvoir dire un truc mais mon cerveau n’est pas en fonction de me donner quoique ce soit d’intelligent à dire. Donc je préfère sourire bêtement.

Elle ne me connaît pas assez, ce qui explique qu’elle ignore encore, qu’une fois que j’ai bien fumé, j’ai beaucoup de mal à bouger mes lèvres et qu’il est parfois très difficile de me comprendre, quelle que soit la langue que je tente de parler.

Après de longs moments de silence, qui s’avéraient être très pesants, elle décide de s’éclipser. Je me retrouve alors seul avec l’Américain révolté et je décide à mon tour de l’abandonner afin de me reposer un peu de cette journée malgré tout épuisante.


Quand on voyage seul, ça laisse le temps de réfléchir et se réévaluer. Quand on voyage seul, à Amsterdam, ça laisse le temps de regarder le plafond de sa chambre d’hôtel. J’en ai quand même passé des bons moments avec la beu. Manger un gros repas sans s’ouvrir l’appétit avec une séance de fumette ? Regarder un film sans fumer avant ? Finir une soirée bien arrosée sans le joint de trop - celui qui est soit roulé avec difficulté, soit complètement abandonné à lui-même si le rouleur s’endort pendant l’effort physique ? J’ai encore du mal à croire que ce soit aussi bien mais au moins je ne mangerai plus la part des autres, je ne m’endormirai plus pendant les films, et j’arriverai peut-être enfin à baiser correctement à la fin de la soirée bien arrosée.

Je repense à la première fois où j’ai goûté à la substance, la première fois que j’ai essayé de rouler et la première fois que j’en ai acheté. Après je me souviens moins bien des choses (ben oui ça affecte quand même la mémoire tout ça). Je me souviens avoir été contre tout ce qui se fume mais, comme dit le proverbe, « y’a que les cons qui ne changent pas d’avis ». J’arrive presque à me rappeler des quelques période au cours des dernières années où je n’ai pas fumé, rarement par choix. J’ai l’impression que je dis au revoir à une partie de moi car il est dur pour mon entourage de ne pas associer mon nom avec le manque de vivacité propre aux fumeurs de longue durée. Mais je pense, où plutôt j’espère, que cette décision va m’aider à regagner cette énergie que j’ai laissée dans un coin de mon âme afin de mieux ressurgir au moment voulu.

La décision de fumer énormément, pour en être dégoûté, a l’air de porter ses fruits. Trop de fumette tue la fumette. J’ai du mal mais je continue à attraper les joints qui me sont gentiment offerts par d’autres fumeurs de l’hôtel. Au moins, on a l’air con en meutes à Amsterdam et je comprends de moins en moins comment il est humainement possible de fumer autant en une journée.

Je m’endors dans mon dortoir avec une seule idée en tête: des croissants et du café à gogo m’attendent au réveil. Aaaaahhhh, il est bien cet hôtel quand même.

Je me réveille avec le ferme intention de me cultiver un peu en allant au musée Van Gogh avant de reprendre le bousillage du crâne. Je n’ai pas trop faim au réveil mais je veux profiter pleinement du buffet qui est offert jusqu’à 10H30. Je sors donc fumer un pète, que j’ai roulé dans mon lit, et je rencontre un californien qui s’apprête à repartir chez lui. Comme il va prendre l’avion, et que je suis en train de partager mon pète matinal avec lui, il me remercie en me donnant : une pipe, un sachet de beu et un sachet de hashish…. Ce qui va m’aider à apprécier pleinement la qualité des peintures de Van Gogh. C’est tellement agréable de fumer dehors dans la rue sans avoir peur d’un flic sarkhosyen.

Nous redescendons dans le bar qui fait office de restaurant le matin et, après avoir bien mangé, je roule mon premier pète de Hashish qui est de très bonne qualité et qui colle beaucoup. Je m’apprête à l’allumer quand on me montre un signe sur la table qui dit « No smoking during breakfast » Je suis perplexe mais comme je ne sais pas encore que personne ne respecte cette règle, nous allons dehors pour fumer le deuxième pète matinal avant de se dire au revoir. Je rassemble toutes mes affaires et je me dirige vers le musée mais mon chemin dévie très vite quand j’aperçois les grilles du magnifique Vondelpark. Je suis très inspiré ce matin et je prends tellement de photos que je passe plus de deux heures à errer dans ce parc à la recherche de paysages divers et de toilettes. Ma décision de ne plus pisser derrière les arbustes est ferme! J’apprécie plein de petits détails tels que les vélos qui défilent le long du chemin, la multitude de chiens non tenus en laisse et qui ont tous l’air plus gentils les uns que les autres, les familles qui se promènent, les canards qui glissent sur l’eau. Tellement d’opportunités de faire de belles photos. Quand on fume et qu’on crée en même temps, le plaisir procuré est au moins triplé. Chaque photo prise ce matin est magnifique à mon goût, bien qu’en les regardant un peu plus sobre plus tard dans la journée l’effet rendu ne soit pas le même.

Je me dirige ensuite vers le musée Van Gogh où je ne m’attarde pas trop car, malgré la beauté des œuvres, il y a vraiment trop de visiteurs à mon goût. C’est toujours marrant d’observer les gens lorsqu’on est sous l’influence de l’herbe : les sons et les visages sont complètement déformés et les discussions, qui se mélangent, forment une cacophonie parfois difficilement supportable. Après m’être baladé longtemps dans la ville à la recherche de coffee shop que je ne suis jamais arrivé à trouver, je repars à l’hôtel afin de boire quelques bières en attendant qu’un de mes potes, Laurent, me rejoigne. Il arrive tard ce soir et je me demande si je ne devrais pas faire une sieste avant son arrivée.

Pourquoi s’arrêter et ne pas simplement diminuer la fréquence des roulages de pètes? Parce que s’il y en a chez moi, ou dans ma poche, je ne vais pas la laisser pourrire et je vais rouler jusqu'à ce qu’il n’y en ait plus. Il faut donc complètement casser cette routine.

6 Comments:

Post a Comment

<< Home