Amsterdam: La dernière Foncedée

Les Chroniques de la Chronic

Monday, March 13, 2006

Amsterdam: La dernière Foncedée (épisode 3)


Des fois on aimerait, on voudrait et on pourrait… mais il est tellement facile de se laisser bercer par la fumée dense du pétard. J’aimerais lui parler, je voudrais la ramener à l’hôtel et je pourrais faire les quatre mètres qui la séparent de moi au lieu de la fixer bêtement du regard. Mais une fois de plus l’abus de pètes m’en empêche. Elle, apparemment, ne se pose pas autant de questions et prend des photos du brownie divisé en trois qu’elle s’apprête à partager avec ses amies. Ça fait maintenant bien trente minutes que nous sommes assis à la table de ce coffee shop très connu de Amsterdam, "Le Bulldog", et bien dix minutes que nous avons avalé notre brownie bourré de marijuana. Comme ça prend quand même tu temps de digérer, nous nous roulons quelques pétards tout en jouant une partie d’échec qui durera très longtemps. Une seule chose nous énerve - car il est vrai qu’un grand avantage de la fumette est d’enlèver beaucoup de stress potentiel - c’est que nous n’arrivons pas à savoir si nous n’arrivons plus à bouger à cause des pétards ou à cause de notre friandise de fin de journée.

Le silence redouté par tous est une conséquence naturelle d‘une séance de fumette. Quand on n'y est pas habitué, le silence peut choquer. Ce qui est bien dans un coffee shop à Amsterdam, c’est que n’importe qui peut flâner pendant des heures et que personne ne trouvera cela bizarre. Laurent et moi partons dans des pensées profondes et métaphysiques sur notre existence tout en admirant la décoration de ce coffee shop et en essayant de garder la bouche fermée.

Malgré le fait que je veuille arrêter, je me promets de ne jamais juger quelqu’un qui fume. Nous avons tous un vice et je souhaite à tout le monde que la fumette soit leur plus gros vice. C’est vrai, contrairement à un alcoolique qui devient facilement abusif, agressif et violent, un fumeur c’est une personne complètement inoffensive qui, au pire, ne fait rien ou devient maladroite. J’en ai marre des gens complètement intolérants qui se permettent de juger ma façon de vivre. Je repense à tous ces gens qui sont tout à fait contre la fumette. La première personne qui me vient à l’esprit ne peut jamais sortir un soir sans finir une bouteille de tequila auparavant et ne se rappelle jamais de rien, à part ses nombreuses nuits passées à l’hôpital après des comas éthyliques ou ses accidents dus au manque d’équilibre. Mais fumer…ce n’est pas bien ! La deuxième personne à laquelle je pense, est un macho catholique très peu tolérant… Au moins la fumette ça ouvre l’esprit ! Il y a aussi tous ces couples qui se battent sans cesse, ceux qui n’ont jamais essayé et ne devraient donc pas s’exprimer sur le sujet, et les politiciens qui fument de toute façon dès qu’ils sont loin du public.

Je fume c’est vrai. Mais au moins je ne suis jamais resté dans une relation sentimentale qui me pourrissait la vie, je n’ai jamais frappé une femme, je n’ai jamais requis les services d’une pute, et je n’ai jamais escroqué personne - sauf quand je vendais des calendriers scouts pour 30 francs à l’époque - et je ne suis jamais tombé dans une grosse déprime. Je crois au Karma et j’essaye de semer le bien pour récolter le bien. Je vis ma vie avec comme seul but : être heureux malgré la jalousie que cela peut engendrer et mon chemin passe par l’herbe. Je reviens à la réalité et, après une petite cigarette et un regard approbateur de la part de Laurent, nous nous éclipsons.

Quand nous ressortons de ce coffee shop, le vice nous entoure. Nous sommes au milieu du "Red Light District". Les vitrines, qui s’alignent le long de ces rues, font penser à des vitrines de Noël des Galeries Lafayette pour adultes. Quand on était petits, on demandait à nos parents de nous acheter ce qu’il y avait dans les vitrines. On ne pouvait rien s’offrir et la multitude de jouets qui s’animaient derrière chaque vitrine nous faisait rêver. Ils restaient inaccessibles pour la plupart d’entre nous car, rares étaient les parents qui pouvaient s’offrir le luxe de reconstituer une de ces vitrines pour leurs petits cons….errr…..leurs gamins. Dans le "Red Light District" on peut également acheter des marrons cuits, mais les parents n’emmènent pas leurs enfants devant ces fenêtres illuminées par un éclairage rouge qui attire l’attention. On fait semblant de ne pas regarder ces femmes et ces transsexuels qui attendent leur prochain client mais l’ambiance malsaine, la déco très glauque des bordels, et la laideur des prostituées enlèvent tout soupçon d’envie de se vider les bourses. Ce qui est bien car je n’ai jamais eu envie de ramener une maladie sexuellement transmissible comme souvenir.


Après tant de fumette et autant de kilomètres parcourus en vélo, nous n’avons qu’une seule chose en tête : manger. Les restaurants à Amsterdam ne nous permettent pas seulement de nous ravitailler mais nous permettent aussi de faire une pause. En effet nous n’avons pas le droit de fumer de pétards dans les restaurants de la ville. Je crois que mon amour pour la bouffe en général a été décuplé par la fumette.

Je me souviens d’un week-end entre amis à la campagne où nous avons été accueillis par les grands-parents d’un de mes amis avec un coffre rempli de nourriture. Je ne sais pas s’ils avaient lu dans nos pensées mais notre programme pour le week-end consistait à fumer et à dormir. En apercevant les caisses de brochettes, de croissants, d’éclairs au chocolat, et assez d’autres choses pour nourrir dix personnes pendant une semaine, nous nous apercevons qu’il va nous falloir plus que ce que nous avions prévu afin de faire honneur à ce festin. Malheureusement, un coup dur nous attend. Après une seule journée sur place et proche d’une commune où seul le son des cloches de vaches retentit au loin, nous sortons notre dernière feuille à rouler de son paquet. La dernière feuille est un événement aussi tragique pour un fumeur que la dernière boulette de shit. On peut avoir du tabac et de la marijuana mais sans feuille, il est difficile de rouler. Cet évènement devient beaucoup plus tragique la nuit quand tous les tabacs sont fermés ou dans un endroit isolé tel que le désert, la montagne ou la campagne. Il faut donc former deux équipes : celle qui va préparer le barbecue et celle qui va faire du stop jusqu’à la ville la plus proche pour acheter un paquet de OCB.

Je fais partie de la deuxième équipe. Nous nous installons sur la route nationale qui longe la maison de campagne et nous levons notre pouce. Deux minutes plus tard nous nous faisons prendre en stop par un monsieur très gentil qui nous accompagne à la ville la plus proche. Seulement voilà, la ville la plus proche est située à plus de 10 kilomètres de notre point de départ et après avoir acheté le paquet de feuille notre pouce a perdu toute son efficacité et nous avons du marcher les dix kilomètres afin de rapporter le succès de notre quête. Ce pétard était bel et bien mérité et le barbecue nous a aidés à récupérer toutes les calories que nous avions perdues pendant cette marche.

Le repas que nous avons dévoré ce soir-là à Amsterdam a eu le même effet. Un dîner est toujours une bonne façon de célébrer une journée pleine de découvertes. En sortant du restaurant, nous décidons d’aller au cinéma (eh oui, même les films sont en anglais en Hollande).

Après avoir payé ma place de cinéma, je me dirige vers les bonbons qui sont essentiels à tout visionnage de film en salle. Je m’installe ensuite confortablement dans le siège qui sera le mien pendant les prochaines heures et je m’endors assez vite. Au milieu du film, une personne chargée de la sécurité demande à Laurent de me réveiller. Je ne suis déjà pas de très bonne humeur quand on me réveille mais quand on me réveille dans un cinéma où je viens de payer neuf Euros pour avoir le droit de faire une sieste, je suis scandalisé et je repense au jour d’avant où une employée de l’auberge de jeunesse m’a réveillé pendant que je somnolais sur un gros coussin un peu trop confortable dans le lounge du bar. Il est vrai qu’ils avaient placé une pancarte qui disait « No sleeping » sur le mur du lounge mais je ne pensais pas qu’ils étaient sérieux quand ils demandaient aux jeunes de l’auberge de ne pas s’endormir dans un endroit constitué d’énormes coussins sur lesquels on a le droit de fumer. Je me demande alors si dormir est une activité criminelle en Hollande. Après de nombreuses conversations sur ce sujet nous en avons déduit que les gens à Amsterdam ont peur que les gens qui ont les yeux fermés soient en train de sombrer vers le côté obscur. L’accès à toutes les drogues est tellement facile qu’ils doivent vouloir vérifier que nous sommes juste en train de nous reposer et non pas de faire une overdose de champignons magiques en plein milieu de leur cinéma.

Non seulement je dois me réveiller devant le film mais je dois aussi faire face à une énorme peur quand je m’aperçois que mon sac à dos, contenant mon meilleur ami (mon Ipod) et mes billets de train, n’est plus à mes pieds. Je cours donc au dernier coffee shop où nous nous sommes assis en attendant notre séance et je demande au responsable s’il n’a pas trouvé un sac. Il me regarde avec un sourire, qui prouve que lui aussi fume ce qu’il vend, et me ramène la merde qui me sert de sac à dos. Je vérifie tout de suite si tout est là et je remercie le dieu de la fumette pour m’avoir redonné tous mes biens. Décidément, les foncedés, ce sont quand même des gens biens.

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