Amsterdam: La dernière Foncedée

Les Chroniques de la Chronic

Monday, March 13, 2006

Amsterdam: La dernière Foncedée (épisode 4)



S’arrêter de fumer c’est un peu comme percer un énorme bouton d’acné pendant la pénible période de la puberté. On veut se débarrasser de cette chose qui pourrit un peu la vie sans pour autant la rendre insupportable, mais on appréhende la douleur, on a peur des séquelles et on se demande surtout si cela est vraiment utile. Mais une fois qu’on l’a fait, on se sent quand même beaucoup mieux dans sa peau.

A mon réveil je suis dégoûté. La première découverte étant la perte d’un de mes petits sachets qui pourtant m’accompagne partout pendant ce périple. Il est si facile de perdre des choses lorsque l’on est défoncé. Un doute surgit alors : ais-je perdu le sachet de ‘White Widow" ou avons-nous tout fumé la veille au soir avant de nous coucher ? J’opte pour la seconde option car il m’est bizarrement plus facile de commencer ma journée avec l’idée que je suis vraiment un gros drogué que sur l’impression d’avoir jeté de l’argent par la fenêtre. Je me dirige alors vers le restaurant/bar où je dois faire face à la deuxième mauvaise surprise de la matinée. Il n’y a pas de croissants dans le buffet continental. C’est décidé, je donnerai une mauvaise note à cette auberge de jeunesse lorsqu’ils me demanderont de faire un commentaire sur le site Internet sur lequel j’ai réservé mes cinq nuits d’hôtel.
Après avoir longtemps ronchonné dans mon coin, j’engloutis quatre ou cinq expressos pour essayer de ressurgir un peu de mon état comateux et je décide de réveille Laurent afin qu’il profite un peu de son deuxième et dernier jour à Amsterdam. En regardant par la fenêtre, j’entraperçois la troisième mauvaise nouvelle de la journée. Il pleut ! Nous oublions donc les balades romantiques autours des canaux et nous nous dirigeons vers le Riijks Muséum (plus connu sous le nom du Rembrandt Muséum). Nous sommes peu opérationnels et chacun de nos gestes est méticuleusement calculé afin de ne pas faire trop d’effort. Quelque soit l’effort physique ou intellectuel que nous sommes amenés à faire, il nous demande beaucoup de concentration. Et c’est très dur, surtout que nous devons déjà nous concentrer afin de pouvoir ouvrir les yeux lorsque nous sortons à la lumière du jour.

Après un petit déjeuner constitué de corn flakes, d’herbe, de tartines et de hashish, il est difficile de faire semblant d’être en pleine forme. Il nous faut bien cinq minutes pour enlever les cadenas de nos vélos afin de les restituer aux gentils employés du magasin de location. Il faut tout d’abord trouver les clefs dans les poches remplies de divers papier : menus de coffee shops, papier toilette, papiers à rouler, publicités, tickets de caisse… Il faut ensuite trouver les serrures et trouver la clef qui lui correspond, ce qui dans ce matin brumeux semble plus difficile que la veille au milieu de la nuit. Il faut ensuite s’accroupir afin de faciliter le reste du processus et il faut ensuite étirer un peu nos muscles fatigués qui risquent de se froisser pendant les... trois cents mètres qui séparent l’auberge du magasin !

Nous sommes interrompus lors de ce processus par une Hollandaise quelque peu hystérique qui nous engueule car elle ne sait pas bien se garer. Elle nous reproche de ne pas l’avoir aidée pendant qu’elle faisait son créneau, qui a probablement duré aussi longtemps que le déverrouillage de nos cadenas. En temps normal, mon instinct de Parisien m’aurait poussé à lui gueuler dessus en Français avec des insultes bien de chez nous tout en lui postillonnant allégrement dessus mais là…la seule réaction de ma part a été un grand sourire silencieux qui l’a rendu folle de rage. C’est vrai que, sous l’influence de la fumette, le stress parait tellement inutile qu’il est difficile de comprendre les réactions des gens stressés. Malgré tout, cette poufiasse a quand même réussi à nous sortir ce notre état « détendu » et il va donc falloir faire une pause afin de refumer un peu avant d’entreprendre quoique ce soit.

Après avoir rendu les vélos sans le coupon de réservation que nous avions bien évidemment perdu, nous commençons notre marche vers le musée qui heureusement se situe très près de l’auberge. Je ressens une douleur dans ma gorge mais je ne m’inquiète pas car, restant optimiste, je me dis que cela provient très probablement de l’abus de pètes et de cigarettes. Mais ce mal de gorge ne m’empêche pas de savourer un petit joint roulé rapidement devant l’entrée du musée. Quelque chose me dit que Rembrandt aurait voulu que ses visiteurs admirent ses œuvres avec des yeux rouges et secs autrement, pourquoi aurait-il placé toutes ses œuvres dans un musée à Amsterdam ?

C’est alors qu’un évènement, propre aux foncedés du monde entier, surgit. Laurent se rend compte que son bus qui lui permettra de rejoindre Paris part deux heures plus tôt que ce qu’il pensait. D’habitude, on s’en aperçoit trop tard. Nous mangeons donc un déjeuner copieux en face du musée et, après des adieux déchirants devant la station du tramway, je me dirige à nouveau vers l’entrée du musée. J’espère y trouver un bar où je puisse déguster une bière comme au Heineken Muséum. Je m’approche la personne chargée de la sécurité afin de lui demander où je peux boire une bière tout en fumant. Elle semble quelque peu horripilée par ma question et je décide de m’éclipser afin de ne pas me faire plus d’ennemis dans la ville.



Le musée est magnifique et, heureusement, il y a des bancs et des chaises dans presque toutes les salles. Les opportunités de photos sont multiples et je me demande alors pourquoi les grandes œuvres du siècle ont le droit d’être photographiées mais les petits artistes des galeries d’art moderne refusent qu’on sorte l’appareil photo dans leurs magasins.

L’imagination divague tellement plus avec l’aide d’un petit joint. Les nuages prennent des formes de têtes de loup, de sorcières sur leurs balais et de moutons dans leur pâturage. Les étoiles forment des visages de monstres sortis tout droit d’un film de Rob Zombie, et les feuilles mortes semblent dessiner les contours de différent pays du monde entier. La fumette a toujours été une grande source d’inspiration. Elle m’a permis de créer mes propres personnages dans chacun des mes jeux vidéos pendant des heures… Elle m’a permis d’imaginer des plats culinaires tels que les spaghettis au Nutella et le sandwich aux rillettes et au Nutella - remarquez que le Nutella est un ingrédient essentiel dans mes créations dégustatrices… Elle m’a permis d’aider à soulager les problèmes de la pollution planétaire en recyclant mes déchets au maximum grâce à la transformation des tickets de métro en filtres et à celle des bouteilles de plastique en balance me permettant de peser mon herbe lorsque je devais la partager.

Je ressors du musée avec une seule idée en tête, si on omet l’idée de baiser qui est omniprésente chez les hommes et qui ne compte donc pas. Je veux m’allonger sur mon lit car je sens le mal de gorge qui se transforme peu à peu en l’annonce d’un rhume carabiné qu’il va devoir falloir supporter tout en continuant de fumer.

Je rentre à l’hôtel afin de me reposer et je découvre alors qu’ils ont choisi ce jour précis pour entamer des travaux…juste à côté de ma chambre. Comme ils se sentent un peu coupable des bruits de perceuses, de marteaux et de ponceuses, ils nous proposent royalement de nous vendre leurs sandwichs dégueulasses réchauffés au micro onde à moitié prix. Je pense que si je n’avais pas payé toutes mes nuits dès mon arrivée, je serais parti sur-le-champ. Le bruit étant insupportable, je décide de refaire une petite balade dans le parc qui fut une grande source d’inspiration pendant mon deuxième jour à Amsterdam. Je me pose sur un banc afin de continuer à observer la population d’Amsterdam mais le froid et mon manque d’énergie me poussent à retourner à l’auberge afin d’essayer de guérir un peu.

Voilà un autre avantage de l’abus de fumette : il est possible de s’endormir n’importe où dans n’importe quelle condition. Les bruits de rénovation me bercent alors et je sombre dans un sommeil profond dans mon dortoir vide. Comme nous explique Freud dans son interprétation des rêves, le sommeil n’est pas forcément interrompu pas un bruit mais par un changement de l’environnement qui nous entoure. Le silence, indiquant la fin de journée de ses travailleurs acharnés, me sort alors du sommeil dans lequel je m’étais immergé pendant toute l’après midi et je retourne vers le bar afin de déguster ma première bière de la journée. Je décide de voir s’il n’y a pas un moyen de changer mon billet de train afin de rentrer plus tôt que prévu mais je m’aperçois vite que mon billet « non échangeable et non remboursable » n’est effectivement ni échangeable ni remboursable. Je retourne alors me coucher avec une leur d’espoir. Ils auront sûrement des croissants demain matin !

Aujourd’hui je me réveille avec la ferme intention de faire le « Smoking Boat Tour » organisée par le « Chicago Comedy Club ». C’est un tour en bateau, des fameux canaux de Amsterdam, qui diffère des autres tours pas la simple raison qu’il est autorisé d’y fumer pendant la visite. Je suis encore plus malade mais je veux profiter de mon dernier jour à Amsterdam afin d’en garder un bon souvenir.

Je pars assez tôt de l’hôtel, ce qui dans le monde des foncedés veut dire dix heures du matin, afin d’être sûr qu’il reste de la place sur leur bateau. En arrivant, je découvre que personne ne s’est encore inscrit alors qu’il fait beau et que ce serait franchement con de ne pas en profiter. Je repars du club satisfait de pouvoir enfin y participer mais inquiet que cela ne se produise pas car ils demandent qu’il y ait au moins trois participants afin de partir sur cette aventure.

En attendant l’heure du départ en bateau je me balade un peu dans les rues d’Amsterdam qui me sont maintenant quelque peu familières et je m’arrête devant le "Sex Muséum" près de la gare centrale. Je regarde autour de moi avant de rentrer avec plus de gêne que si je rentrais dans un sex-shop. J’essaye de montrer ma carte des musées afin de rentrer gratuitement mais je m’aperçois vite que les dirigeants de cet établissement ne considère pas le sexe comme de l’art. Je pourrais entamer un long débat sur ce sujet avec le Hollandais mal rasé la clope à la bouche qui travaille au guichet mais, vu le prix dérisoire du ticket, je décide de garder mes pensées philosophiques sur l’art du sexe pour quelqu’un qui comprendrait ce que je dis. C’est relativement dégueulasse à l’intérieur mais comme ils ont appelé ça un musée, tout le monde regarde du porno très vulgaire comme si c’était du Picasso. Il y a des salles qui font rire. Par exemple, celles où il y a des automates ressemblant à ceux des trains fantômes. Sauf qu’ici, ils n’essayent pas de vous faire peur mais ouvrent leurs grandes parkas d’exhibitionnistes. Je reste figé devant une partie de l’exposition qui est interactive. Il y a cinq lumières bleues qui clignotent au-dessus de cinq différent boutons qui contrôlent la machine. Je reste perplexe lorsque je lis les instructions : « appuyez sur le bouton rouge de votre choix ». Je cherche ce bouton rouge pendant quelques minutes mais vu qu’il me paraît clair que les boutons bleus ont dû faire fuir les boutons rouges à un moment de leur existence, je me décide à sortir de ce musée qui tente apparemment de rendre fou ses visiteurs.


Je reviens vers le club pour embarquer à bord de cette croisière, un peu frustré après avoir vu tant de femmes dénudées, mais surtout encore très fracassé. C’est à ça que sert la longue séance de préroulage de pètes du petit déjeuner.

J’attends patiemment dans l’entrée du club, espérant de nouveaux arrivants car la liste ne comporte toujours qu’un nom, le mien. J’écoute les engueulades entre le patron et ses employés. Les commandant de bord arrive enfin. Il se dirige vers le cahier où j’ai proprement écrit mon nom et marque une pause. Il me regarde, il regarde le cahier, me regarde, regarde le cahier, me regarde et pousse un petit soupir. Il vient alors me voir et m’annonce la bonne nouvelle. Il déménage bientôt et comme c’est la dernière fois qu’il a la chance de faire visiter Amsterdam en tant que capitaine de bord, il m’informe que malgré le manque de passagers la traversée s’effectuera. Ma réponse est simple : je souris bêtement.

Nous marchons vers le bateau qui aurait sûrement sa place dans un musée ou un magasin d’antiquités et nous levons les amarres. Une fois de plus je me cultive tout en me défonçant la tête. Voir Amsterdam depuis un bateau c’est génial. J’ai la chance d’assister à la récupération de vélos ensevelis sous l’eau grâce à un bateau-grue qui transporte une montagne de carcasses de vélos rouillés abandonnés dans les canaux. J’apprends que beaucoup des immeubles de Amsterdam ont des fenêtres qui deviennent de plus en plus petites à chaque étage afin de créer une illusion d’optique rendant l’immeuble beaucoup plus grand lorsque l’on regarde en contre-plongée depuis la porte d’entrée. Je découvre la plus petite maison d’Amsterdam qui a l’air assez grande pour une famille de lilliputiens et je reste ahuri devant des immeubles qui ressemblent à un complexe de Tours de Pise.

Je déguste l’herbe que mon capitaine de bord fait pousser lui-même chez lui. Comme cette balade ne coûte qu’une donation, le capitaine essaye de me montrer un maximum afin que je sois généreux. Et comme ils se font attaquer pour compétition déloyale par les autres compagnies qui font visiter les canaux, je dois dire qu’on est juste potes si quelqu’un me demande quoique ce soit.

Comme c’est sa dernière croisière, lui aussi veut prendre des photos et je deviens capitaine pour quelques instants. Mais la croisière tourne au cauchemar lorsque l’envie de pisser arrive. J’ai promis de ne plus pisser derrière les arbustes mais je n’ai jamais parlé de ne pas me soulager sous les ponts.

En revenant sur la terre ferme, le capitaine me donne un coupon de réduction pour aller voir le spectacle comique du soir. J’en profite donc et je retourne à mon auberge afin de me reposer un peu avant de rire.

Le spectacle est en Anglais - contrairement au « one man show » en turque que je suis allé voir à Istanbul - et je profite au maximum de mes derniers instants à Amsterdam, tout en me mouchant régulièrement.

Je suis satisfait et prêt à retourner chez moi.

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