Amsterdam: La dernière Foncedée

Les Chroniques de la Chronic

Monday, March 13, 2006

Amsterdam: La dernière Foncedée (épisode 5)


Je me réveille tôt afin de me casser le plus vite possible de cette auberge et je ne prends même pas le temps de manger mon petit déjeuner, pourtant gratuit, avant de prendre mon sac et de m’enfuir au plus vite.

Le but du jeu étant d’être complètement dégoûté de l’herbe à la fin de ce voyage, je passe à un coffee-shop une dernière fois avant de prendre le train. Je commande un latté et un joint pré-roulé qui est vendu dans un tube en plastique transparent afin de pouvoir l’admirer. Il est si parfait qu’il aurait pu être utilisé pour une photographie de Bob Marley. Une fois sorti de son emballage - et contrairement aux jouets, un joint ne perd pas de sa valeur quand il est exposé à l’air libre – je contemple ce joint si bien roulé. Il devrait me fracasser juste ce qu’il faut pour que je puisse tout de même retrouver mon chemin jusqu’au compartiment et même jusqu’au bon siège et normalement, il devrait aussi me rendre malade dans le train ce qui sera parfait pour être bien dégoûté après ce week-end peu enrichissant. Je m’installe dans le fond du coffee-shop afin de savourer ce moment tranquillement et je recommence à « observer ». Je sors mon cahier et je me mets à écrire ces chroniques.

Tout en écrivant les premiers mots, je sors mon dernier pétard et je le regarde avec un sourire moqueur. Mes pensées divaguent mais c’est la dernière fois. Le reste sera plus cohérent. Mais d’autres questions surgissent alors que les premières bouffées du pétard atteignent déjà le cerveau. Peut-on regarder un coucher du soleil sur la plage sans vouloir rouler un pétard ? Est-il possible de rester toujours aussi calme et patient si je ne fume plus ? Comment vais-je pouvoir m’endormir le soir si je n’ai rien à faire. Comment dire non tout en ayant l’air de le penser vraiment quand on me tendra un joint ? Il ne me reste plus beaucoup de temps avant de le découvrir mais cela ne vaut-il pas redevenir un peu plus intéressant, ne plus se sentir isolé et arrêter de se renfermer sur soi-même ?

Si j’étais cohérent avec mes propos, je devrais aussi arrêter de boire de l’alcool que j’ai toujours considéré comme plus dangereux que la beu. Mais C’est impossible. Comment m’arrêter de boire du vin avec la diversité des fromages que l’on peut trouver en France. Ce serait un crime !

Je finis le joint de mon petit déjeuner hollandais, constitué essentiellement d’un café au lait et d’un pète. Il diffère du petit déjeuner français, un peu plus sobre, qui, lui, est constitué d’un expresso et d’une cigarette. Mais le concept reste le même : commencer la journée en s’injectant des substances néfastes à notre corps. C’est très européen car en Californie ils boivent du lait au soja et mangent des avocats. Chacun son truc. Je me concentre sur le dernier joint qui, comme chaque autre joint, se dresse fièrement entre mon index et mon doigt qui insulte. Je déguste chaque particule de la fumée qui s’engouffre dans mes poumons. Je regarde avec désarroi le cône diminuer de taille après chaque mouvement de mes lèvres. J’aspire comme si ma vie en dépendait et je m’effondre sur la banquette du coffee-shop afin d’apprécier pleinement la séance de relaxation qui est en cours. Je fume les dernières lattes de ce joint avec une certaine mélancolie et je prends conscience que, quoiqu’il arrive, ce joint restera gravé dans ma mémoire pendant très longtemps -ou très peu de temps si ma mémoire s’est encore endommagée au cours de ce voyage. Je regarde la serveuse qui n’est pas mal du tout et qui ne cesse de bouger partout bien qu’il n’y ait personne d’autre dans le café. Peut-être que je la trouve trop active parce que je suis particulièrement démuni de toute forme d’énergie et que je suis réduit à l’état de larve.

La musique est parfaite et pour une fois pas trop forte. C’est vraiment con de toute façon de foutre la musique à fond dans des endroits où les gens viennent pour se relaxer le cerveau et les muscles. C’est comme si mon acupuncteur ou mon chiropracteur jouaient du hardcore heavy metal dans leurs salles d’attente ou de la techno pendant leurs séances. Le truc trippant dans ce bar c’est qu’ils jouent de la musique un peu rock tout en passant des vidéos de Rap sur leurs écrans de télévision mais sans le son. La vidéo et la musique se combinent alors étrangement bien et les gangsters des vidéos se mettent à chanter du Bob Dylan sans en avoir conscience. J’ai bu plein d’eau pour essayer de me débarrasser de mon rhume qui a pourri mes deux derniers jours à Amsterdam. Le bon vieux remède de grand-mère. Je dois donc visiter les toilettes assez souvent et je commence à m’inquiéter sur l’efficacité de ma vessie à pouvoir contrôler les flux de mon corps jusqu’à la fin de ma vie.

Je crois que j’ai fumé un peu du carton sur ce dernier joint mais je voulais être sûr de le fumer jusqu’au bout. Quand on veut éviter de se prendre le carton on éteint parfois le joint dans le cendrier et on réalise alors qu’il y avait au moins une, si ce n’est deux, lattes qui restaient. On rallume alors le pète à moitié écrasé et souvent parfumé à la cendre et on essaye de s’injecter une dernière dose de fumée dans notre corps. Mais voilà, on imagine toujours qu’il en reste plus que ce qu’on ne croyait et au lieu de prendre une latte de plus comme il était établi, on arrive toujours à fumer un peu du filtre qui nous rappelle alors qu’il est inutile de continuer. Je me demande si la RATP utilise de l’encre non toxique pour le tickets de métros maintenant qu’ils ont compris que la texture et l’épaisseur de leurs tickets les rendaient parfait pour devenir plus tard un outil essential au roulage.

Maintenant c’est Radiohead qui joue dans le bar, une chanson de l’album « Amnesiac », un des meilleurs albums pour tripper. Je crois que sa musique aura accompagné beaucoup des moments « magiques » de ma vie. Je m’allume une clope, l’avant-dernière. Je ne parle pas autant des clopes car il n’y a rien de bien à dire sur les clopes. Quoiqu’on en dise, la clope à la fin du repas ne fait qu’enlever le bon goût du plat que l’on vient d’ingurgiter. Si quelqu’un allume une clope juste après un plat que j’ai cuisiné avec ferveur, je me demande si c’est pour faire passer le goût. C’est dégueulasse, ça pue, et ça coûte une fortune. Je me demande parfois pourquoi les gens fument une clope après avoir baisé. C’est comme si je m’allumais une clope après avoir passé la ligne d’arrivée à la fin d’un marathon. C’est surement pour rééquilibrer la balance du bien et du mal. La clope après le sexe laisse beaucoup à l’imagination : fume-t-elle parce que c’était si intense et si fusionnel qu’il faille fumer la clope festive des moments forts de notre vie, ou est-ce la clope des moments de stress car elle est énervée et frustrée parce que ce n’était pas génial ?

Il faut que je me bouge et que je reprenne un peu de confiance en moi après cette triste pensée. Je décide de repartir dans les ruelles d’Amsterdam avec mon énorme sac à dos et mon bonnet Péruvien qui prouvent à tout le monde que je suis bel et bien un touriste qui est venu là uniquement pour profiter de « la vente libre ». Je me dirige vers la gare tout en essayant de ne montrer à personne l’état dans lequel je suis. Il faut que je me remette dans le mode de vie parisien. Comme à mon premier soir à Amsterdam, je marche donc tête baissée, tout en ricanant bêtement et en évitant tout contact visuel avec les autres passants. La paranoïa est de retour.

J’achète un sandwich et une grande bouteille de soda afin d’apporter un peu d’aide à mes glandes salivaires : ma bouche est devenue très sèche depuis le dernier pétard. J’arrive à peine à parler à la vendeuse du supermarché à cause de la faiblesse des muscles de ma mâchoire. Je finis la bouteille et la moitié du sandwich avant même de rentrer dans mon compartiment.

La dernière fois que j’ai pris le train dans un état pareil, je me suis fait réveiller par un contrôleur qui m’a éjecté du train car je n’avais pas de billet. Je me sens plus tranquille cette fois-ci. Le retour vers Paris m’a semblé très rapide. J’ai dû m’endormir.

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