Amsterdam: La dernière Foncedée

Les Chroniques de la Chronic

Monday, March 13, 2006

Amsterdam: La dernière Foncedée (épisode 6)


Retour à Paris. Retour à la réalité. J+3 – Cela fait maintenant 3 jours que je n’ai pas fumé et je n’ai pas encore eu l’envie de me rouler un spliff. Cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps et la guérison semble proche. Je crois que j’ai bel et bien réussi à me dégoûter moi-même de ce vice. Mais je n’ai pas réussi à abandonner la clope. Je suis humain, merde ! La clope permet un peu de compenser en maintenant un seul des ingrédients indispensable au roulage de pètes (bien que ce ne soit pas vrai partout dans le monde vu que les californiens roulent les leurs sans un gramme de tabac). Il est vrai que si l’on en abuse pas, l’herbe est sûrement moins nocive que le tabac pour nos pauvres corps. Et il ne faut pas brûler les étapes : un vice à la fois c’est déjà pas mal.

J’ai toujours cru que les réveils matinaux étaient compliqués parce que l’effet de la fumée, qui se propage dans mon sang et détruit malheureusement beaucoup des quelques neurones qui ont survécu à la torture infligée lors des dernières années, me laissait dans un état proche de la larve humaine. Mais je m’aperçois qu’il m’est naturellement difficile de résister à l’appel de l’oreiller qui tous les matins tente bien que mal de m’accorder quelques heures de plus de répit. Ceci est accentué lors des matins frais et sombres de l’hiver parisien.

Beaucoup de gens, que j’ai rencontrés lors de mes voyages, m’ont affirmé sans bien me connaître qu’il serait préférable que je change d’amis si je ne veux plus faire face à la tentation et au manque d’enthousiasme propre à la génération marijuana. Rouler un spliff correctement est un évènement qui se fête correctement en petit groupe. La confection est un travail d’équipe et chacun peut y apporter sa contribution : qui un bout de son paquet de clope pour le filtre - car tous les autres sont déjà déchirés de tous les côtés, qui une feuille qui ne s’est pas collée à toutes les autres dans le fond de la poche, qui un peu d’herbe pour ne pas se sentir complètement exclu de ce rite collectif… Ensuite il faut trouver quelqu’un qui est venu avec un briquet et qui ne l’a pas encore perdu. Les briquets des fumeurs s’envolent bizarrement sans jamais être retrouvés - comme les chaussettes qui disparaissent mystérieusement dans le sèche linge lorsqu’on prend enfin le temps de les laver.

Le briquet en main et le pète à la bouche, le rouleur a l’honneur d’allumer ce pète qui aura mis plus ou moins de temps à se créer selon la concentration et l’agilité du rouleur. La seconde personne qui s’autorisera à fumer dessus sera le fournisseur de beu de ce dernier joint si cette personne est différent du rouleur. Attention ! Ne jamais tendre la main avant que le pète ne vous soit directement proposé. Lorsque le spliff est de grande taille le fumeur s’autorisera souvent deux et trois lattes avant de le faire passer afin que tout le monde puisse en profiter mais lorsque le groupe est plus petit et que la taille du pliff reflète la taille du groupe chacun s’autorisera à fumer sa part en évaluant au mieux le partage équitable de ce dernier. Rires hystériques, regards hagards, discussions dénuées de tout sens, suivent. Si ce rituel est répété plus de deux fois dans la soirée, les effets changent alors et le silence, la lutte contre le sommeil et la faim prennent alors le dessus et l’aspect social du roulage de pètes se confond alors avec un manque d’imagination et de curiosité par rapport au monde qui nous entoure.

Les discussions des personnes qui nous entourent se transforment en bruits incompréhensibles auxquels on ne fait pas attention. Chaque mouvement nécessite beaucoup d’efforts et il est difficile de se confronter à quoique ce soit qui puisse nous sortir de notre état d’impuissance. A ce moment là, la nourriture est le seul objectif qui puisse réunir le groupe de fumeurs une nouvelle fois afin d’apporter une solution à ce problème. Si la récompense de l’effort qui sera demandé de la part de tous ne se boit pas ou ne se mange pas, il sera difficile de convaincre chaque membre du groupe que l’idée en question vaut l’effort requis.

Les éléments perturbateurs du groupe (les non fumeurs) se sentent alors exclus et tiennent toujours à le rappeler à des gens qui n’en ont souvent rien à foutre, puisqu’ils viennent de fumer. Il est donc difficile d’apprécier un joint pleinement en la présence d’éléments perturbateurs. D’autres obstacles peuvent alors se présenter au groupe de fumeurs, comme des parents qui rentrent plus tôt que prévu, des témoins de Jéhovah qui viennent tout simplement nous casser les couilles, ou le voisin qui en a marre d’être défoncé à cause de la fumée qui se propage dans le système de ventilation du building.

Les fumeurs ont réussi à s’instaurer des règles, des rites et des restrictions lorsqu’ils fument afin que tout se passe dans la tranquillité et que personne ne hausse la voix pour quelque raison que ce soit.

Voici quelques une des règles à ne jamais enfreindre:
- Ne jamais s’endormir sur un pète
- Ne pas passer le pète à n’importe qui.
- Observer combien de lattes sont fumées par le rouleur au début de la séance et essayer de ne pas fumer plus que les autres.
- Ne jamais critiquer la qualité de la beu si aucune contribution n’a été apporté lors de la confection.
- Ne pas demander à quelqu’un, qu’on ne connaît pas bien, de rouler un pète lorsqu’on en a pas sur soi. (il est préférable de rentrer chez soi sobre avec un nouvel ami que défoncé et ne jamais plus revoir la personne.)


Ensuite, la mission se transforme alors en un recherche acharnée d’un peu de nourriture. Pourquoi l’herbe n’est-elle pas encore prescrite pour tous les cas d’anorexie du monde ? Peu importe la quantité de nourriture ingurgitée avant de fumer, mon estomac se transforme en un gouffre sans fond après juste quelque lattes d’un pète.

Noël arrive bientôt, et il va bientôt falloir que j’affront la foule des grands magasins afin de trouver le cadeau parfait pour ma famille. Je ne sais pas si la fumette m’a rendu claustrophobe mais me retrouver au milieu de milliers de gens qui cherchent tous un cadeau à la dernière minute ne m’enchante pas vraiment. Il m’est difficile de me sentir à l’aise au milieu d’un club rempli à craquer, d’un file d’attente à Disneyland, ou d’une célébration sur les champs élysées pour la victoire de la coupe du monde en 98. La meilleure technique pour ne pas avoir à rester trop longtemps dans un magasin et de ne surtout pas y aller avec une femme sauf si le magasin ne vend que des jeux vidéos. Je vais donc y aller seul.

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